Materia

MATERIA est un ensemble textes/gravures sur la matière, un recueil à quatre mains relié par nos soins.

Dix états de la matière, de la particule à la fusion en passant par la cristallisation jusqu'à l'irréductible résidu. Dix états, dix étapes de travail que nous nous sommes donnés Rodolphe Gauthier et moi. Lui à l'écrit, formant poèmes, et moi à la gravure, formant estampes. Chacun s’exécutant de son coté, nul n'illustrant l'autre, attendant patiemment la rencontre finale des labeurs personnels.

L'idée pour moi était d'y mettre le moins de gestes possible, de laisser la matière travailler d'elle même. Pour cela le principe était de mettre en place un protocole et de laisser agir les forces en présence. Sur mes plaques de cuivre et de zinc, ma plus grande alliée fut l'eau, qui travaille en douceur, prend pli de chaque variation et s'abandonne à la pesanteur. Un travail de sédimentation, de rétention et d'évaporation. Puis viennent les incisifs : sels, soufres et sulfates, griffant, lacérant et rongeant le métal. L'idée donc, était de disposer tout ce petit monde de manière à ne pas avoir besoin d'y toucher par la suite. Observer les réactions et attendre le bon moment pour stopper le processus.

Des fois quelques heures sont nécessaires, parfois plusieurs mois.

Tout cela pour obtenir une croûte, un oxyde, un voile léger parfois juste poussière qui sera mon motif, ma fragile réserve qui ne protégera parfois que quelques secondes la plaque du bain d'acide. Encore une fois tout se joue à peu de chose. Combat des eaux mortes et des eaux fortes. De ces morsures infimes, la difficulté ensuite est d'arriver à laisser une trace sur le papier, une réelle épreuve. Encrages frisants parfois l'infra-mince, tour de force ou tour de magie, la matière se dévoile souvent timidement.

Pour arriver à ces dix états, nombreuses furent les expériences, les vaines tentatives à dompter les effets et les curieuses trouvailles. Cette exposition a pour vocation de montrer le travail autour et au dedans du projet MATERIA. D'écouter les confidences du Cuivre, témoignage des humeurs métalliques. De donner à voir la profondeur de sa surface hirsute, et d'oublier, un temps, le geste virtuose pour apprendre l’humilité de la matière même.